Edito
TINTIN EN AMÉRIQUE…
par Jean-Marie Besset
juin 2010
Nommé à l’automne dernier par Frédéric Mitterrand en accord avec Georges Frêche à la tête des 13 Vents (peut-on être - à moins de s’appeler Eole - à la tête de treize vents ? - ou même seulement de trois, puisqu’il s’agirait à l’origine d’une erreur dans la traduction de l’occitan très bents…?), je suis arrivé à Montpellier au coeur de l’hiver.
Il pleuvait.
Il a plu sur ma tête de toutes sortes de pluies, si bien que j’aurai passé un hiver trempé.
A travers la pluie, pourtant, et dès que mes pas quittaient les esplanades glissantes de l’Ecusson, je distinguai partout des grues, comme les mâts signalétiques et conquérants d’autant de bâtiments en érection. D’Est en Ouest, un nouveau Montpellier émergeait sous le dais liquide de cet immense ciel gris. Les voitures aux essuie-glace en métronome sillonnaient une radiale de nouveaux axes avant de tourner en rond autour du fameux coeur de ville. Guère de visages, mais des grues en mouvement, des immeubles en construction, un flot de véhicules. Londres-sur-Lez, en somme.
Mais les beaux jours sont là, la pluie n’est qu’un souvenir. Les Montpelliérains sont sortis (où se cachaient-ils donc tout l’hiver ?) et dansent comme des souris. Les garçons et les filles de cette ville si jeune, si vibrante, si nostalgique, si moderne, si coloniale, si bigarrée, sont en grappes dans les rues et aux terrasses, et en vélo, et en scooter, et en route pour la plage. L’avenue de Lodève, qui suit la direction de l’ancien aqueduc, dans l’axe nord-ouest, a été défoncée par les travaux de la ligne 3 du Tram. Ses platanes ont été coupés, mais elle reste bordée de ses villas orgueilleuses, qui alternent avec de grands ensembles. On sent bien que la splendeur déchue des façades retrouvera bientôt un moderne panache. Au sommet, le voisinage incongru - au numéro 129 - du Château de la Piscine, folie XVIIIème, avec l’hypermarché Géant Casino - au 129 bis, est la parfaite image du contraste que constitue le Montpellier de 2010.
A l’extérieur, des double-voies en ligne droite sont déjà plantées d’arbres, et courent sur des kilomètres entre deux… vignes. Mais demain, ces vignes auront disparu et de fiers édifices auront transformé ces autoroutes en boulevards. A l’instar des vignes déjà devenues Antigone, Port Marianne ou le quartier du nouvel Hôtel de Ville. Ici, je me sens Tintin en Amérique, ou dans telle métropole chinoise, dans une grande cité qui sort de terre sous mes pieds. Et puisque la mer ne peut pas venir à Montpellier, c’est Montpellier qui ira jusqu’à la mer. Ce moment historique de la transformation de cette capitale du Sud, c’est un honneur, une aubaine et un défi de le saisir et de l’accompagner par le théâtre. Qu’est-ce que ce petit lieu fermé de la scène, ce rond de lumière pour quelques centaines d’initiés peut apporter au foisonnement vivace, au hourvari de la mégapole ? Son sens, justement. Lui donner tout son sens. Le Théâtre des 13 vents doit comprendre la mue de Montpellier. En être la chambre d’écho et d’enregistrement.
Donc, priorité aux vivants. Trop souvent dans l’institution théâtrale, comme dans les règles du droit, le mort saisit le vif. On va rétablir l’équilibre. Faire pencher la balance, afin que le territoire des vivants l’emporte sur celui des morts. Certes, nous aurons Corneille, Musset, Tchekhov. Mais nous aurons d’abord les auteurs d’aujourd’hui pour témoigner de la vigueur retrouvée de l’écriture théâtrale actuelle. Ils permettront aux spectateurs et tout particulièrement aux jeunes, dont ils partagent la langue, de donner une clé de compréhension du monde dans lequel nous vivons.
Se reconnaître dans les oeuvres d’aujourd’hui, y trouver, si ce n’est des réponses aux énigmes, au moins des pistes qui permettent d’avancer dans le labyrinthe de nos vies, telle est l’ambition de ce programme en trois ans dont nous dévoilons ici le premier volet.
Nommé à l’automne dernier par Frédéric Mitterrand en accord avec Georges Frêche à la tête des 13 Vents (peut-on être - à moins de s’appeler Eole - à la tête de treize vents ? - ou même seulement de trois, puisqu’il s’agirait à l’origine d’une erreur dans la traduction de l’occitan très bents…?), je suis arrivé à Montpellier au coeur de l’hiver.
Il pleuvait.
Il a plu sur ma tête de toutes sortes de pluies, si bien que j’aurai passé un hiver trempé.
A travers la pluie, pourtant, et dès que mes pas quittaient les esplanades glissantes de l’Ecusson, je distinguai partout des grues, comme les mâts signalétiques et conquérants d’autant de bâtiments en érection. D’Est en Ouest, un nouveau Montpellier émergeait sous le dais liquide de cet immense ciel gris. Les voitures aux essuie-glace en métronome sillonnaient une radiale de nouveaux axes avant de tourner en rond autour du fameux coeur de ville. Guère de visages, mais des grues en mouvement, des immeubles en construction, un flot de véhicules. Londres-sur-Lez, en somme.
Mais les beaux jours sont là, la pluie n’est qu’un souvenir. Les Montpelliérains sont sortis (où se cachaient-ils donc tout l’hiver ?) et dansent comme des souris. Les garçons et les filles de cette ville si jeune, si vibrante, si nostalgique, si moderne, si coloniale, si bigarrée, sont en grappes dans les rues et aux terrasses, et en vélo, et en scooter, et en route pour la plage. L’avenue de Lodève, qui suit la direction de l’ancien aqueduc, dans l’axe nord-ouest, a été défoncée par les travaux de la ligne 3 du Tram. Ses platanes ont été coupés, mais elle reste bordée de ses villas orgueilleuses, qui alternent avec de grands ensembles. On sent bien que la splendeur déchue des façades retrouvera bientôt un moderne panache. Au sommet, le voisinage incongru - au numéro 129 - du Château de la Piscine, folie XVIIIème, avec l’hypermarché Géant Casino - au 129 bis, est la parfaite image du contraste que constitue le Montpellier de 2010.
A l’extérieur, des double-voies en ligne droite sont déjà plantées d’arbres, et courent sur des kilomètres entre deux… vignes. Mais demain, ces vignes auront disparu et de fiers édifices auront transformé ces autoroutes en boulevards. A l’instar des vignes déjà devenues Antigone, Port Marianne ou le quartier du nouvel Hôtel de Ville. Ici, je me sens Tintin en Amérique, ou dans telle métropole chinoise, dans une grande cité qui sort de terre sous mes pieds. Et puisque la mer ne peut pas venir à Montpellier, c’est Montpellier qui ira jusqu’à la mer. Ce moment historique de la transformation de cette capitale du Sud, c’est un honneur, une aubaine et un défi de le saisir et de l’accompagner par le théâtre. Qu’est-ce que ce petit lieu fermé de la scène, ce rond de lumière pour quelques centaines d’initiés peut apporter au foisonnement vivace, au hourvari de la mégapole ? Son sens, justement. Lui donner tout son sens. Le Théâtre des 13 vents doit comprendre la mue de Montpellier. En être la chambre d’écho et d’enregistrement.
Donc, priorité aux vivants. Trop souvent dans l’institution théâtrale, comme dans les règles du droit, le mort saisit le vif. On va rétablir l’équilibre. Faire pencher la balance, afin que le territoire des vivants l’emporte sur celui des morts. Certes, nous aurons Corneille, Musset, Tchekhov. Mais nous aurons d’abord les auteurs d’aujourd’hui pour témoigner de la vigueur retrouvée de l’écriture théâtrale actuelle. Ils permettront aux spectateurs et tout particulièrement aux jeunes, dont ils partagent la langue, de donner une clé de compréhension du monde dans lequel nous vivons.
Se reconnaître dans les oeuvres d’aujourd’hui, y trouver, si ce n’est des réponses aux énigmes, au moins des pistes qui permettent d’avancer dans le labyrinthe de nos vies, telle est l’ambition de ce programme en trois ans dont nous dévoilons ici le premier volet.

